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Notes de Voyage

Tag - Rêve

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Portes de Corne et d'Ivoire

Certains rêves révèlent parfois des réalités et connexions cachées de notre inconscient. A ce titre là, ils peuvent s’avérer plus "vrais" que le monde éveillé où règnent souvent les préjugés et dissimulations, par convention ou pudeur.

Homère a symbolisé cette idée dans l’Odyssée par un jeu de mot entre Corne/Ivoire (en grec Keras/Elephas) qui sonne avec Réalise/Trompe (en grec Krainoo/Elephairomai). Les rêves prémonitoires ou révélateurs venant par la porte de corne, tandis que ceux qui ne réalisent pas ou égarent viennent par celle d'ivoire.

Gates of Horn and Ivory

Cette idée m'est revenue ce matin à la suite d'un tel rêve. La veille au soir j'avais regardée le film "L'Histoire sans fin" qui parle aussi de l’équilibre entre imaginaire et réalité (le livre plus que le film apparemment, qui se conclue sur la liberté grisante de l’imagination). On m'a aussi récemment offert le livre "La création du monde" de Jean D'Ormesson, qui évoque cette référence de l’Odyssée.

Poème coloré "Constellation"

Un poème sur un thème linguistique inspiré par le Laramin: une voûte comparable à celle du Panthéon sur laquelle sont disposés les 100 symboles idéographiques, espace de la pensée, sanctuaire de l'esprit. Le locuteur se tient au centre de la salle pour parler à ce ciel, dont les étoiles scintillent au rythme de la composition du discours. Par la suite, la voûte s'est assimilé au firmament de la création, retenant les eaux d'en haut, au dessus duquel j'avais imaginé un palais, accessible par un tunnel vertical formant un orifice dans le centre du dôme céleste.

Je compte aussi le mettre en musique, et y ajouter un dessin pour former un autre triptyque !

Quand je me suis réveillé paralysé

Il m’est arrivé à l’instant une expérience de sommeil extraordinaire et terrifiante !

Ce matin à 11h je me sens fatigué et me décide pour une sieste, ce que je n’aime pas trop faire en journée car cela me laisse souvent déboussolé au réveil. Allongé sur le ventre, le sommeil me semble léger, le bruissement de la ville et le soleil de la belle saison aidant.

Lorsque je me réveille, je suis pourtant allongé sur le dos. Je lève une lourde paupière, voit la fenêtre de ma chambre de Hanoi, referme l’œil. Apparemment encore sujet aux rêves, il me semble entendre du piano dans le couloir, ce même piano que dans la maison de St Pierre. Pas vraiment perturbé, j’admets que je devais tout simplement être à St Pierre… Je visualise alors la porte, bascule de mon lit, pose le pied, me lève et marche jusqu’à cette porte, l’ouvre et là… tout se brouille. Je rouvre l’œil et constate que je suis en fait toujours allongé sur ce lit dans la lumière de la fenêtre ! Un peu vexé par mon manque de volonté, je tente à nouveau d’aller à cette porte comme je comptais le faire. Je me vois à nouveau me lever du lit et approcher de la porte, et puis nouvel échec ! Décidément, ces siestes me mettent dans un état de mollesse agaçante ! Résolu à me sortir du lit par tout les moyens, je décide de me rouler sur la gauche jusqu’à tomber sur la moquette. Je me sens tourner, basculer sur le coté, puis ma jambe sur la moquette… mais non, ouvrir une paupière à nouveau me confirme ma léthargie persistante.

J’agite alors mon bras pour ma tapoter sur le torse, le visage, mais… où est mon bras ?! Je le sens bouger devant moi mais mon œil ne voit rien !! Je lève cette fois mes jambes mais là aussi, mes yeux ne voient rien apparaître dans leur champ de vision ! Qui croire ?! Je peux rabattre ma couverture sur mes jambes et en sentir la chaleur, mais mes mains sont invisibles si je les agite devant mon visage !

Je me rends à l’évidence : je suis paralysé.

La perception de mes mouvements et les sensations qui vont avec ne sont que le fruit de mon imagination, comme le confirment mes yeux que je peux à peine bouger et cligner.

Légère panique. J’ai du me tordre la nuque en dormant ? Je voudrais me masser le cou pour faire passer tout ça, mais impossible. Appeler à l’aide ! Je pousse un cri, mais comme je le craignais aucun son ne sort de ma gorge immobile. Je me vois un instant paraplégique à vie, la clinique, cligner deux fois de l’œil pour que l’aide soignant silencieux éteigne la télévision… puis chasse rapidement cette pensée. Ça ne doit être qu’un rêve… Cette paralysie a le mérite de me forcer au calme, même si les pensées restent chaotiques dans ma tête. Fermer les yeux me renvoi dans le monde de mon mouvement et de ma voix, ce que je préfère encore bien que la détresse y soit aussi présente.

J’ai choisi, avec patience, le monde où je ferme les yeux et attends de voir… et puis voilà, j’ai rouvert à nouveau les yeux, ai bougé mon bras, incrédule, et puis j’ai vu, avec grand soulagement, mon bras bouger devant mon visage. Pfiouuu !
C’est ce qui mérite de s’appeler un gros bad flip. Combien de temps ça a duré ? Quelques minutes ? Une heure ? Il est 12h30 à ma montre. Même maintenant le souvenir se fait lointain… Peut être trop bref pour me laisser une trace de sagesse, mais je suis très content d'en avoir fait l'expérience... et d'être de retour !

Avec le recul
En fait ce phénomène est un ''syndrome de paralysie du sommeil'' avec état "Hypnopompique" (pom pom). Il consiste à se réveiller durant le sommeil paradoxale. Pour mémoire, le sommeil se compose de 3 couches de lasagne répétées:

  • Sommeil léger, somnolence générale, sensibilité à l'extérieur, possibilité de quelques rêves.
  • Sommeil profond, cerveau éteint et corps actif, possibilité de somnambulisme, terreur nocturnes.
  • Sommeil paradoxal, cerveau actif et corps éteint, rêves et possibilité de joyeuseries associées. ( Rêve lucides, cauchemar persistants, etc.)

Au final, je réalise que tous ces symptômes me sont déjà arrivés au moins une fois !

  • Vers 10 ans, j'étais allé aux toilettes la nuit et m'y suis endormi par surprise. Je suis retourné en somnambule vers ma chambre mais suis rentré dans celle de mon petit frère, de configuration inversée ! Ne trouvant plus mes murs ni mon lit, je suis parti en terreur nocturne ! Reprenant connaissance, je n'avais aucun autre souvenir que celui d'être parti aux toilettes...
  • A 15 ans avec un peu de fièvre, j'ai fait un vieux cauchemar gentil à base de coordonnées cartésiennes... La passion de la filière S dans sa splendeur ! Le problème est qu'après le réveil les souvenirs me sont graduellement revenus sous la forme d'une prise (perte?) de conscience coupable et angoissée...Au bout de quelques minutes j'étais dans un état de transe terrifiée ! Il a fallu beaucoup plus de temps pour que ça se calme...
  • Après j'ai eu quelques expériences de rêves lucides, 2 fois initiées pendant le rêve à la suite d'un faux-réveil, et une fois dès l'endormissement.
  • Plus récemment, ce sont des sortes d'états hypnagogiques (à tes souhaits) que j'ai eu. Pour moi ça consiste à reposer ma tête dans mes mains sur mon bureau, en pressant mes yeux pour faire apparaître des flash lumineux. Spontanément des images apparaissent, très nettes, colorées et mouvantes. Je me laisse voguer au gré des évolutions, texture, détails... chaque image me semble singulière et originale, bien que j'arrive souvent à les associer à d'autres souvenirs. Durant ces assoupissements plus ou moins actifs, je reste conscient et peut même décrire les images en direct ! (avec beaucoup de spontanéité et d'hermétisme, Juliette a testé pour vous...).

Addenda
Après un peu de lecture sur le sujet, je réalise que mes expériences de rêves lucides ont été causées par le fait que j'ai eu l'habitude pendant 2 mois de noter mes rêves à mon réveil. C'est précisément ce qui est conseillé de faire pour causer ces phénomènes. Allez, je m'y remets alors, puisque j'ai testé et approuvé la méthode à mon insu !
- Mon premier rêve lucide a été causé par un faux réveil dans lequel je me réveillais dans un garage et entreprenait machinalement de noter mon rêve assis dans un carcasse de voiture, mais comme je n'arrivais pas à m'en souvenir, j'ai réalisé que j'étais encore en train de dormir, et me suis alors réveillé ! Brève expérience !
- Ma deuxième expérience a été aussi un faux réveil où je me retrouvais à Herblay (alors que je dormais à Valmorel...) et une fois levé j'ai voulu jouer de l'ocarina. Le problème a été que les trous étaient trop grand pour que je puisse les boucher.. alors là je me suis dit "Ça recommence !". Ma première réaction a été de prévenir les gens de la maison qu'on était toujours dans un rêve, révélation à laquelle ils étaient un peu perplexes ! Puis pour pousser l'expérience plus loin, j'ai voulu voir ce qui allait se passer si je mettais mon pouce dans ce trou d'ocarina trop grand. Allais-je causer un paradoxe lorsque l'ocarina rétrécirait ? Je me suis alors décider à me réveiller... pour me retrouver à Valmorel, la main coincée sous mon dos !
- Ma dernière expérience en date a été cette fois une lucidité dès le début du rêve. (Wake-initiated-lucid-dream) En temps-rêve, il n'a que moins d'une minute et j'ai perdu la main après avoir ouvert une porte. Le trop de liberté à imaginer la suite m'a distrait !

Billets associés
Dans la série des transitions exotiques avec le monde du rêve, il y a aussi ces 2 billets:

Inception: magnifique !


stou.

Rallonge
Ce film illustre bien un aspect du rêve, ce contraste entre anodin/crucial, entre le petit détail et la métamorphose du monde, la valeur capitale de petites choses hautement symbolique.

Dans un premier sens, c'est l'anodin qui induit le crucial: Dans la scène finale on se demande si la toupille va tomber ou pas, et ce détail aussi minuscule qu'indiscutable est capable de remettre en cause toute la réalité du monde. On retrouve un peu cet arbre qui cache la forêt dans les bons scénarios à la Philippe K Dick, où tout à coup le lapsus d'un des personnages dans une phrase anodine vers la fin du film va causer une petite contradiction, puis une cascade de déductions conduisant à une totale reconsidération de l'intrigue, et souvent déduire que la personne est en réalité le grand méchant de l'histoire ! (cf Minority report, Les experts)

Dans le processus inverse, des évènements de style titanesque et apocalyptique dans un rêve sont en contraste avec l'aspect insignifiant de la réalité. Ainsi dans le film, bien que les personnages aient traversé plusieurs univers en poupée russe, vécu des instants de crise extrême, exploré jusqu'au fond du subconscient et y avoir passé parfois jusqu'à un siècle, au réveil il ne s'agit au final que quelques heures de rêve ayant pour but de faire prendre une décision à un industriel ! L'enjeu parait dérisoire à coté de l'aventure vécue !

Allez, pour le plaisir on s'écoute le gros Zimmer qui commence comme un flottement intime et finit en cataclysme général ! L'omniprésence d'accords majeurs contraste avec la noirceur massive de l'orchestration, comme une lueur très colorée dans la nuit.

Tisserand de parfums

Un escapade à Clisson m'a fait redécouvrir à quel point je suis un amoureux des parfums naturels, tant pour leur saveur immédiate que pour leur capacité à m'évoquer des souvenirs saisissants. Depuis un an j'ai commencé à faire la liste de ces madeleines de Proust. Au début je les considérais comme des portes olfactives vers des fragments de souvenir, des sortes de vortex spatio-temporels cachés dans les endroits les plus ordinaires, prêt à emporter le voyageur le temps d'une inspiration.

En fait, je vois maintenant que l'action de réminiscence affecte le souvenir exploré. Une première visite dans un coin de souvenir peut se limiter à redécouvrir un fragment d'univers incomplet... que l'on va progressivement reconstruire, par la réflexion de l'historien comme par la rêverie créatrice de l'artiste. A mesure que l'on retourne dans ce fragment de monde, on le construit, l'aménage, le pont qui nous y conduit se consolide.

Non seulement on va développer et construire l'univers du souvenir, mais inévitablement ce "lieu" se trouvera associé au lieu de la réminiscence. J'en fais l'expérience avec l'habitude que j'ai chaque matin de pincer un épi de lavande en arrivant à EDF. Je suis sûr que maintenant ce parfum sera autant connecté à l'univers provençal de mon souvenir qu'au lieu de travail d'EDF. Au final, les parfums sont comme des cordes sur lesquelles on va, volontairement ou non, enfiler des perles de souvenirs. La corde est un fil rouge reliant instantanément ces "lieux" et servant de pont pour les visiter ou les aménager. Ce tissage de souvenirs donne du volume au temps passé, et le fait percevoir comme un vaste ensemble de petits univers au sein duquel les cordes de parfums permettent d'aller partout à partir de n'importe où, et réciproquement.

Billets connexes:

BD de Laurent Parcelier : Guilio et La Malédiction des Sept Boules Vertes

J'ai rencontré le dessinateur (accompagné de quelques fans!) et il est d'accord pour diffuser librement les pdf de ses 8 BD.

Chaque visiteur est même invité à redistribuer à son tour s'il le souhaite. Je vous demande juste de laisser un commentaire ici pour signaler votre téléchargement, et me dire ce que vous en pensez !

La Malédiction des Sept Boules Vertes :

Guilio et le Drôle de Monde :


A partir de ces PDF, je me suis aussi préparé une réédition perso en format A3 ainsi qu'une série en A4 souples.
En images ça donne ça :

Un groupe Facebook a été créé pour se rassembler et échanger autour de ces BD. Notamment pour s'informer à propos d'occasion de les acheter en vrai !

Voici sa page wikipedia.

Pour conduire à cette page, vous pouvez utiliser ce lien court: www.notesdevoyage.com/Parcelier

Expériences insolites et réflexions sur les rêves


Le présent pur, c'est l'inconscience. Bergson

Une citation tordue trouvée dans le cahier philo de cet été... mais voilà qu'une expérience de sommeil me l'a fait comprendre un peu plus.

Paradoxe du rêveur
Qu'est ce qui fait qu'on se souvient de son rêve au matin ? Les conditions du réveil sans doute, le niveau du cycle de sommeil où l'on a été interrompu peut être. En tout cas cela faisait un moment que j'avais relevé une sorte de paradoxe temporel : Quand on vit son rêve et qu'on le ressent, tout semble se passer au présent. Alors comment se peut-il que le fait qu'on soit conscient ou non de rêver dépende du déroulement d'un évènement encore futur : le réveil ?

Rêve éveillé, en poupée russe, mais sans mémoire
J'ajoute sur la table une bizarrerie du sommeil. Imaginez vous en train de vous endormir, et tout à coup vous vous ressaisissez à moitié pour vous retrouver comme éveillé, mais dans votre rêve. Vous aurez donc conscience que tout et possible, pourrez choisir vos premières action, avant de perdre le contrôle. (Typiquement pour moi quand j'ai la chance que ça m'arrive, faire un petit bond dans les airs et me laisser planer à 2m du sol !)
L'autre occasion de se retrouver en rêve éveillé, ce sont ces doubles réveils. En général cela se passe comme un réveil normal, sauf qu'il y a des détails qui vous font réaliser que ce n'est pas fini ! Et puis là, vous vous réveillez pour de bon. J'en vient maintenant à une chose que j'ai réalisée : lorsque l'on rêve, semi conscient ou pas, il est impossible de se rappeler des évènements passés. Je m'en suis rendu compte à une période où j'avais l'avais l'habitude de prendre des notes après certains rêves, mais cette fois j'avais mon crayon et papier, et impossible d'utiliser la mémoire ! Je n'ai réalisé que quelques secondes plus tard que le rêve continuait... Et quant à la méthode pour provoquer ces rêves éveillés, désolé, je n'ai trouvé aucune recette miracle. Ça m'est juste arrivé 4 ou 5 fois.... pour autant que je me souvienne (!)

Conclusion Trêve de blah blah, voilà ce que je trouve à répondre au paradoxe aujourd'hui : Quand on rêve, tout se passe au "présent pur" de Bergson. Contrairement au présent conscient de tous les jours, où l'on voit l'instant présent avec la perspective du passé et des projections futures, ce présent pur est sans mémoire, un simple point sans passé ni perspective. C'est peut être celui que vivent les animaux chaque jours, ou bien peut seulement dans leur sommeil.
Cependant, même si aucun souvenir n'est accessible, selon Bergson tout est mémorisé. Au réveil, c'est simplement si notre cerveau nous donne accès à ces souvenirs que nous auront l'illusion intime d'avoir vécu notre rêve au présent. Dans le cas contraire, tout cela restera un secret de l'inconscient, un de plus.


Billets connexes:

Compo : L'Usine à Rêves

On entend d'abord le ronronnement des machines, puis la sonnerie indiquant à l'équipe de nuit de lancer les machines. Les ouvriers s'activent ça et là, la tension monte et la grande usine se met en marche. Lentement, puis tout coule de source. Un thème d'orient lointain vient chanter sur le tout. Une flûte vient reprendre le thème. Puis c'est un glissement vers l'onirique et l'épique, sur corde et flûte. Puis une ambiance plus fantasy et mystérieuse avec le cor-basson-glockenspiel. Le tout finit sur des harmonies massives, colorées, surplombées d'un piccolo.

L'ensemble m'a l'air un peu hétérogène, la caisse claire est trop forte, le piccolo trop faible, les percus tapent trop à la fin... Enfin, comme d'habitude je suis heureux d'avoir pondu quelques bonnes idées au milieu de tout ça :)